Musicalarue 2008, photo Benjamin Pavone |
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Scarzello &
Lys slowmotion orchestra
Nous aimons ici le son direct et sans inutiles artifices, le rendu physique de la basse au son plus rond qu’une forêt de pipelines. Et les gracieuses arabesques des meneurs de revues, Monsieur et Madame ScarzelloLys, qui continuent à danser sur ce mince fil tendu au dessus de la mêlée. Funambules aux airs de grands enfants, qui s’amusent du monde pour en faire des chansons. Sept titres pastel, ce n’est pas si courant ! Alain
Feydri, "Abus Dangereux"
... Leur approche entre cabaret, poésie et attitude punk fait d’eux l’une des fiertés de la scène rock bordelaise. En trois ans, les choses ont sacrément bougé chez nos potes de Bordeaux. Juste après leur excellent mini-LP "De bon matin en robe du soir…", Patrick Scarzello et Lys Reygor fondèrent la Poupée Barbue, combo rock'n'roll qui traversa le sud-ouest par des concerts endiablés et puissants. Quelques titres plus tard, ils partaient vers un nouveau projet, le Scarzello et Lys Slow-Motion Orchestra... "Blindé de Velours" pose le débat dès l’ouverture par sa rythmique qui parvient à être à la fois martiale et groovy, dans la même lignée que le "In Cold Blood" de Johnny Thunders. "Le Bruit du Canon" part comme une loco à toute allure, guitares tranchantes et rockabilly, proches de Johnny Kidd, avec des interventions d'orgue très sixties sur le pont. Les ballades Rythm & Blues sont bien là, pour notre plus grand plaisir : "La peau dure" bien sur, avec son pont en forme de menuet - évocation de "Mes regrets" de Michel Polnareff - et les irrésistibles "Sélénites", parfaits morceaux pour nos déambulations dans la ville endormie. Lys Reygor, extraordinaire comme toujours, entre Ingrid Caven et Catherine Ringer, ajoute cette touche de lyrisme qui donne tout son piment à l'affaire. Sa voix de diva sur "Aladin", titre en hommage à Alain Pacadis, envoie le morceau dans une autre dimension. Patrick Scarzello, toujours en verve, nous revient toujours nourri de ses obsessions fin de siècle, parti dans un univers peuplé de fringues rares et de héros maudits. "Blindé de Velours", "Bloody Stockings", cet art du détail, qui peut sauver une vie, car il lui donne un sens, une Vérité. Et toujours ce verbe jouissif et élégant : "Quand l'esprit a raison et que le cœur l'ignore / pourquoi dit-on à raison que le cœur a tort ?". Ici encore, on sort heureux et frustré de ce voyage à l'intérieur d'une certaine idée du rock. Et citer Jean Lorrain dans leurs chansons n’est pas la moindre des choses qui contribue à faire de Scarzello, Lys et leur Slow-Motion Orchestra des amis chers. "... La réponse de Scarzello & Lys, groupe bordelais, frappe juste, car elle tape à côté. Eviter le centre, pour mieux y toucher. Se défaire des étiquettes rock, les couper, s’amputer des racines trop encombrantes, pour emprunter d’autres chemins. La chanson française, de Django à Taxi Girl, sans jamais tomber dans la beuverie rock indé’ que d’autres défendront en parlant du même groupe. Tout est question de point de vue, comme toujours, et Slow motion orchestra reste un ballet made in french où les guitares saignent comme un Clash qui cherche ses garçons. Beau violent. Utile éphémère. Central périphérique. Le Slow motion orchestra ressemble à une famille dont les membres auraient été étirés à l’extrême, laissant apparaître les bouts de chair distendus: les nervures y sont visibles, et la sensibilité à son maximum. Gloire à Aladdin Pacadis. Quelques minutes plus tard, le cri s’éloigne ad lib, et les peaux en tremblent encore, de ce rock qui ne dit pas son nom, autrement que par le filtre de ses idoles". Bester
Langs, extrait de gonzaï.com
(photo Lichen Boy, Le Fiacre)
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"... Tout a pris une sérieuse ampleur avec le groupe, ne serait-ce que par l'aspect visuel de la scène, que vous occupez maintenant totalement. Les musiciens correspondent à votre manière d'être, ça colle, surtout sur des morceaux comme "Chéri darling" ou "Le dernier des tailleurs de pierres" : version terrible j'ai adoré, surtout placé à la fin..."
"...
me trompe-je ou vous avez repris"I Saw Her Standing There" des Beatles
à un moment (avec des paroles différentes) ? En tout cas
la basse y ressemblait fortement ! "
![]()
Yod°,"Clubs
& Concerts", déc-janvier 2008
+ photo noir et blanc ![]()
Jon "slowmotion" Smith (photo Nikolas Ernult 2009) "J'ai
vraiment aimé les compos, la musicalité égrainée
par Jon Smith, les chutes rageuses, le martelage du rythme, le texte..."
"...
la plume affûtée de Patrick Scarzello, auteur de plusieurs
albums cabaret rock"
Pascal Bertin, "Volume" Emission "En chantier",
animée par Moan sur Radio
Campus
photo Fête de l'Huma,
Benjamin Pavone
Patrick : auteur, interprète, tout y est. ... et Lys Reygor, elle chante, compose et est aussi plasticienne ? Lys : oui, ce qui recouvre plein de choses. A la base, c'est le dessin et la peinture, auxquels s'ajoutent des installations et des performances... chose importante, je suis attachée au trait, au gribouillage. Vous avez à la fois des activités bien personnelles, et d'autres en commun ? Lys : d'évidence avec le Scarzello & Lys slow-motion orchestra... J'ai de mon côté commencé à avancer "Massacre aux deux chocolats", façon B.O. de films, un hommage au cinéma et aux films de genres, fantastique, gore, horreur, etc. Ce sont aussi des chansons, et Patrick intervient en débutant aux percus, xylophone, etc ; plus parfois une seconde voix. Il y a aussi ce 7 titres du groupe, et c'est presque par hasard que vous êtes invités, tant j'ai souvent pensé à le faire, et puis... Lys : on comprend, c'est pour ça
qu'on se dit Slow Motion, il faut du temps pour tout.
Il y a aussi eu pas mal de choses avec les éditions Le récif... Patrick : ...disques et bouquins qui sont, depuis cette année, distribués via le catalogue Vicious Circle ; ça fait plaisir, d'autant qu'"Abus Dangereux" a régulièrement parlé de tout ce qui sortait. Et le CDr se voit labellisé "Le Récif" de fait, même si tous les musiciens sont bien sûr partie prenante. Ce côté fait à la maison, c'est une volonté ou une structure type major n'a pas été motivée ? Lys : c'est qu'on n'a pas cherché,
surtout...
Fête
de l'Huma, photo Benjamin Pavone
D'autant que peut-être aussi la major
ne soigne guère le côté musical et sa présentation,
aujourd'hui...
![]() Lys : de toutes façons, on nous
prend globalement pour des freaks, donc je doute de leur intérêt...
Lys : j'ai fait mon petit dessin, en proposant
aux musiciens de les dessiner avec une tête d'animal, et chacun devait
dire son animal fétiche, j'ai eu des surprises (rires)
Vous annoncez un CDr 7 titres, c'est pour le côté indé ? Patrick : pour l'aspect évident de ce qu'est l'objet, avec pourtant une qualité qui provient du son respectif et du style des musiciens réunis, Stéphane sonique à la batterie, Olivier à la basse de feu, et Jon Smith à la fine réalisation artistique et aux arrangements, en plus des grattes. Je sais que certaines choses qui sortent dans le commerce ne réunissent pas tout ce qu'on y a mis, et en même temps on l'a dupliqué sur un putain d'ordi à la maison... C'est "fast 2008", mais ce qu'on y a mis est d'une autre teneur, plus Slow motion (sourire)... On pourrait suggérer aux majors de faire leurs saucissons d'été sur des CD rewritable, ainsi on pourrait réenregistrer dessus ce qu'on veut... Chez vous, on sent le travail sur le son, mais également une chaleur, et puis ça n'a pas été trop compressé... Lys : pour ma part, je déteste ça,
ça devient catastrophique.
Et du relief...
Arrive cette soirée à la Politique de Bordeaux, autour de Bukowski (avec Poussière éditions, qui publie un recueil). Quand on vous connaît, on imagine des rapprochements, même peut-être une sorte de nourriture ? Lys : Oui, il en fait partie.
Patrick : de toutes façons, c'est le rock qui a fait le lien. Il se trouve que Poussière éditions de Sète, est un éditeur que j'ai connu via Olivier Martinelli, qui a publié le livre "Fanzine", où il parle peu ou prou des Kid Bombardos qu'il connaît bien, pour des raisons familiales mais pas seulement... Dans son livre, il cite Daniel Darc, les Smiths, etc. Ensuite sort le recueil "Demande à... Bukowski" qui donne lieu à la soirée... et la boucle est bouclée. D'ailleurs quand vous vous retrouvez à une soirée, s'il y a concert, il se passe d'autres choses également... Patrick : peut-être plus autrefois...
Durant la saison 2006-2007 avec la Poupée
Barbue, on n'a fait que concerts et festivals. Cette saison a effectivement
démarrée pour le Slow Motion, avec une soirée "Génération
punk" au ciné Jean Vigo, autour du film sur Thunders en compagnie
de Patrick Eudeline (cf. radionovart.com).
Et il y a pas mal eu de rendez-vous à thèmes entre-temps...
Certains tiroirs s'ouvrent parfois en même temps, ça donne
plusieurs éclairages...
Patrick : sans compter que c'est devenu
des concerts quatre-fromages, avec des groupes qui défilent, et
je trouve ça dommageable, cette multiplication qui est liée
à la parcellisation... J'aime vraiment arriver pour une ouverture
et voir juste un groupe derrière... Alors qu'on s'est mis dans le
rock à faire comme partout, il faut rajouter du nombre pour le nombre,
comme les visites sur le Web qu'on comptabilise... cette prolifération
à outrance du "plus y en aura, mieux ça sera"... évidemment
fausse.
Patrick : reste qu'à cette soirée,
on sait les gens de La Politique vraiment accueillants, les Kid, les Good
et les Minuscule vraiment bons ; il va se dégager quelque chose
d'ensemble, sur lequel on se retrouve.
Fête
de l'Huma, photo Benjamin Pavone
Même si trop de propositions contribuent
à un effet kleenex finalement ?
![]() Lys : tous les groupes sont un peu plus
"juke-box" qu'avant, c'est une évidence.
Y a-t-il d'autres choses à signaler en ce moment ? Patrick : avec le Slow Motion Orchestra
qui
l'a composée, on est en train de faire la chanson du film de
Yann
Kerninon (essayiste, magicien, performer, etc) et Sébastien
Lecordier, "Paris-Zurich-Berlin" pour Atopic production, sur les
traces imaginaires de Dada.
PS : dernières
nouvelles 2009, "Corde Brève", le disque du guitaro paraît
chez Vicious Circle ; et "Paris-Zurich-Berlin" en cours de montage, deviendra
un long métrage.
"rien trouvé de mieux que la réunion d'un band..." Interviou de Patrick Scarzello
par Didier Duyats
Parce qu'il est intéressant parce que différent, parce qu'il a un vrai parcours qui dure, parce qu'on parle peu de lui, parce qu'il a une culture punk... Et puis tout simplement parce que nous ne savons pas encore tout de lui. J'ai donc fouiné du côté non officiel. Résultat en mots. didier ddduyats : J’ai lu que tu étais défini – entre autres - comme un “multiactiviste de la chose rock et artistique depuis la fin des années 70 “ Et avant 1976, tu faisais quoi ? patrick : Hoops... n'était-ce pas l'enfance dans une bulle intersidérale !? Je dévorais des Marvel comics dès qu'ils sont apparus dans "Fantask", plus les petits formats noir et blanc ; en alternance avec les "Maghella" et autres "Contes féérotiques". J'étais fan de Bruce Lee depuis "Big boss" et fasciné par la série "Le prisonnier". J'écoutais la radio, et c'est d'abord en VF que j'ai aimé les Beatles, la country, la Tamla, les grandes chansons américaines, etc. Y a eu Boris Vian en totalité, "Le désert des tartares" de Buzzati, "Les robots" de Van Vogt. Et l'on me disait qu'il fallait avoir peur des blousons noirs, ce qui m'attirait, rien que de les entendre nommer. J'ai un souvenir d'enfance 70's, un dimanche midi super-chiant avec mes parents. Y a un chevelu avec une guitare acoustique dans le restau, ma mère doit le maudir, il s'apprête à partir. C'est un cliché impressionnant tant tout y était, je le revois souvent : la route et l'aventure juste à la porte qu'il va franchir, la liberté du musicien qui trimballe son instrument partout comme il veut, l'androgynie qui jure avec l'ordre alentour. Et tout le rejet qu'il incarne d'évidence, qui moi m'inspire. Avant Rotten ou Métal U, l'un de mes premiers sniffs de vraie vie. Quelles sont “les obsessions originelles de ton adolescence” ? Les as-tu gardées et regardées grâce à ta pratique artistique ? Ne pas travailler pour pouvoir
juste payer son dû, choisir plutôt que subir, ne pas s'offrir
une fille mais caresser l'âme soeur, écrire ou chanter un
jour ce que je ne savais dire, ne pas reproduire le pire des parents et
de la société dont l'hypocrisie me transperçait, vivre
pour autre chose qu'une carrière, le pouvoir, etc. Le punk m'a ouvert
à tout, et ce qui va avec l'artistique s'est imposé au fil
du temps, jusqu'à devenir réalité(s). Alors oui, peu
pou prou et tant pis si ça fait prétentieux, je suis celui
que l'ado imaginait... enfin, l'aurait préféré ce
ptrcKscrzll-là... tu le vois !? Et non pas celui qui te répond...
Mais je ne savais ni que ce serait toujours plus compliqué, ni que
ça changerait finalement si peu... en ayant autant raison si tôt
! (sourire).
Qu’est ce qui t’a fait tomber dans le chaudron du rock ? Avais-tu des prédispositions, et si oui lesquelles ? Toutes : j'trouvais ma famille
pas cool et ne partageais aucun de leurs souhaits, le monde adulte paraissait
vraiment trop laid quel que soit le côté observé, et
je ne m'aimais qu'à moitié... Mais ça a pris du temps...
pas étonnant que notre nouveau groupe s'appelle le Slow Motion !
J'en ai d'ailleurs fait un titre l'an passé avec la Poupée
Barbue, qui compile le No Escape éternel, "30 ans (et une dent)"...
contre le monde, évidemment, et puis comme celle qui a poussé
par devant.
"... surtout avec les
super-musiciens qui, cette fois encore, nous portent et nous transportent."
L'Orchestre est-il irrémédiablement dé-Vidé, qu’est ce qui te ferait reprendre la route seul en scène ? Tout reste toujours permis...
Mais comme formation, je n'ai rien trouvé de mieux que la réunion
d'un band : aussi fragile et fort à la fois, explosif, qu'exaltant
et magique. Quand t'as connu ça, c'est difficile de s'en passer.
Surtout avec les super-musiciens qui, cette fois encore, nous portent...
et nous transportent. Tout seul, c'était le plus raide et le plus
à poil imaginable (sans instrument ni rien). Et n'ayant ni la présence
d'Alan Vega, ni l'écriture ou le jeu d'un Willie Loco, faudrait
beaucoup me pousser...
Scurs, Asphalt Jungle,
c’est quoi le plus facile pour apprendre à chanter ?
from Patrick Eudeline to Olivier (slow motion
orchestra) :
Comment te situes-tu dans la scène bordelaise : OVNI, pilier, cheval fou, pionner, valeur sûre, autre ? Présent-absent. Ton nom est maintes et maintes fois associé aux mots “dandy” et “punk” : tu le fais exprès ? Ca me poursuit un peu... Récemment, je lisais avec frénésie "Les décadents français" de Marc Dufaud (après "Les peaux transparentes"), où je retrouvais tous mes préférés et d'autres à défricher. Je découvrais avec passion le gospel punk chez Presley, ça me soutient toujours... J'ai lu pour la toute première fois "dandy punk" en 1999, sous la signature de Laurence Romance (pour m'annoncer à Montreuil avant Tue-Loup/Superflu). Depuis, l'expression s'est imposée pour bien des raisons... notamment parce que rien ne semblant apparemment assez fort, il faut doubler la dose pour que ça fasse un peu d'effet. Là aussi, on sait qu'on est bien en 2008. Que t’inspire Oscar Wilde ? Un absolu. J'ai lu récemment les pages de son procès. Il était tellement dans son truc, qu'il s'enferrait au mépris de tout intérêt immédiat... total respect. Dans un vers, j'ai brodé sur l'un de ses traits, "(Comme disait ce vieil Oscar), la jeunesse est un art" ; en cinq mots, il te tient des heures ! J’ai lu à propos du cd solo que vous “brassiez influences punk, blues, classique, sans s'interdir aucune bizarrerie”. Quelles sont ces bizarreries auxquelles l’auteur de ces mots fait référence ? Ca a commencé par l'envie de faire ses propres expériences et ça pourrait aller jusqu'a réunir moyens et participants pour expérimenter... Mais je prends ça plus simplement aujourd'hui, le feeling pour le faire et le plaisir de le partager, ça peut suffire pour du beau bizarre. En pleine vague du rock alternatif français, je t’ai vu ouvrir à Bordeaux pour les Wampas et les Bérus. Te considères-tu comme un rockeur alternatif ? Jamais pensé comme ça... mais j'aurais bien sûr aimé contribuer directement à des tueries comme "J'ai quitté mon pays", "Les bottes rouges", etc (la liste des groupes et des chansons serait longue). Et j'vois où tu veux en venir, car je me suis souvent retrouvé au milieu de ce qu'il se passait alors... tout en piaffant jusqu'aux 90's pour avoir un répertoire, et surtout une formation pour le défendre. J'ai connu les Bérus à leurs tous débuts 80 lorsqu'ils ont joué en banlieue bordelaise, les Wampas dans les premiers cafés de Paris BarsRock aux côtés de Spider X, des Soucoupes Violentes, etc ; je fréquentais l'entourage des Coronados, qui étaient trop géniaux (pour de si nombreuses raisons, y compris leurs mystères...). Durant ces années, j'en crevais d'avoir des chansons et personne de dispo pour s'investir, sauf ponctuellement. A ce fameux concert, Loran nous a gentiment suggéré de répéter plus... et pour cause : ça commençait par un titre clavier-chant avec un premier instrumentiste, puis je crois Xavier des Scurs qui rentrait à la guitare, la contrebasse qui se rajoutait... Y avait aussi Dany Boy qui lançait les boîtes par derrière, je n'osais ou ne savais déclencher... Sur une date à Rochefort en ouverture des Coros, Stéphane Gillet faisait même des choeurs... Ca a vachement compté les quelques dates de cette époque, mais surtout perso. Imaginons, nous sommes en 1970 et un de tes profs t’invite à rejoindre une “Scène de Musiques Actuelles structurante labellisée par le Ministère de la Culture”. Tu lui réponds quoi ? Merci meussieu, mais j'aimerais
avant tout me perdre un peu tout seul, avec une sweet little sixteen ou
en band(e)...
Oui, quand c'est rafraîchissant
et aussi personnel que les Shades, ou que ça réveille tout
ce qui le mérite comme les Stripes... et non, parce que les viviers
vintage que je n'ai pas connus en direct, me rechargent souvent plus que
l'actualité... Et pourtant, je vis pour aujourd'hui sans nostalgie...
En même temps, je sais combien le revival est l'une des clés
maousses du Big Bad Beat, pour tous, depuis toujours et jusqu'à
la fin. D'autant qu'on y souscrit parfois plus ou moins soi-même,
par la force justement des redécouvertes de l'Histoire... on n'est
pas rendus, là ! (sourire). Quant à l'image et au son, d'évidence,
c'est quand tout se rejoint que ça compte et commence à prendre
vraiment du sens ; qu'on peut enfin capter son époque, quelles que
soient les influences... Mais est-ce que ça peut se calculer ?
J’ai lu que le duo Scarzello & Lys a été qualifié un jour de “Bonnie & Clyde du post-cabaret”. Peux tu nous qualifier ce duo avec tes mots à toi ? Plus que Bonnie & Clyde effectivement, j'imagine que l'auteur pensait à la chanson de Gainsbourg avec Bardot... beau couple et belles références pour nous ! Ensuite, on trouvait dans le répertoire de véritables influences cabaret. Et à la fois, c'était formule chausse-pied pour caser l'incasable musicalement, dans des lieux de concerts rock. On a aussi beaucoup souligné notre théâtralité, voire notre mise en scène... alors qu'on se sentait d'abord interprètes, pas des attractions. Notre duo, un poil plastique du fait de Lys, et en français du fait de tous les deux, relevait du pari impossible jamais formulé à l'avance, qui s'est soldé par plus de deux heures de concert sans instrument ni instrumentistes véritables (Lys a débuté ainsi), avec un public en nombre honorable qui a payé, debout jusqu'aux rappels et qui repart en te félicitant... On était allés jusqu'au bout avec l'Orchestre Vide. C'est aussi pour ça qu'on est revenu vers des musiciens, vers le groupe, qui se révèle à bien des égards le prolongement du duo... Et le théâtre, c’est pour une autre vie ? Tu fais référence
à un écho qu'a reçu "Singe Ejectable", mon second
petit bouquin qui, a-t-on dit, pourrait être joué sur scène.
Lys avait pensé à un moment s'y coller, car il s'agit essentiellement
d'un monologue féminin. Mais la réalité a rattrapé
la symbolique, on ne se sentait plus de laisser la parole à une
ignoble réactionnaire, même pour dénoncer.
En quelque sorte... J'ai
eu plusieurs fois la chance qu'on interprète des chansons qui étaient
déjà là (cf. l'album 2008 de Thierry Sabir avec deux
Strychnine devenus Beach Lovers, plus le bassiste et guitaro de Gamine
à la réalisation), ou qu'on ne me demande de participer à
des projets. Ce que j'aime beaucoup et qui a l'air de bien fonctionner.
Pour en venir aux Tribal, leur compositeur me connaissait depuis les 80's, pour avoir enregistré ma première démo dans son studio. La major voulait un album en français, les frères N'Tumba en tant qu'auteurs devaient adapter leurs titres écrits en anglais. Je les ai aidés, ce qui a contribué à leur signature et au premier album, où on me retrouve sur plusieurs morceaux. On a remis ça avec succès sur le second, en partant de simples notes à eux, sur des carnets. On a même gratté à chaud ensemble, dans un studio de Los Angeles, juste avant qu'ils n'enregistrent... c'est le titre avec les Américains qui a marché (sourire). J'ai apprécié ces moments partagés avec de vrais B-Boys, leur coolitude et leur histoire bien plus rebelle qu'elle ne paraissait ; leur ai depuis dédié un "Hip-Hop A Lulla". Ca fait quoi d’être “l'ami bordelais” de Thierry Tuborg (ancien chanteur du groupe Stalag et aujourd’hui écrivain) ? J'suis épaté par sa façon d'écrire, apparemment simple et incontestablement efficace, tant dans ses livres que j'ai tous lus, que dans ses chansons ciselées ; les récentes comprises, avec Stalingrad, groupe idoine. Contrairement à certains, proches du truc au départ, mais qui font plus qu'ennuyer dans leurs bouquins ou activités annexes, Thierry me paraît incarner l'écrivain rock'n'roll frenchy auquel les éditeurs devraient s'intéresser fissa. Et s'il écrivait pour d'autres chanteurs, ça le ferait aussi. Un titre comme "Les vieux punks (finissent toujours par payer)" est d'une justesse vécue, impeccablement rendue. Chamfort a écrit « Ce que j'ai appris, je l'ai oublié ; ce que je sais, je l'ai inventé ». Et toi, qu’as-tu inventé de ton côté ? M'est arrivé d'avoir un petit regard de biais : pas dupe. J'espère avoir l'occasion d'en jeter d'autres. Ecrire dans "Rock&Folk" : c’est une envie, un besoin, un plaisir ou autre chose encore ? "Rock & Folk" est une
éternelle New Church pour ses Lords, sur les bancs de laquelle j'ai
volontiers été amené à poser un flyer, pour
un festival de la scène du cru. Dans la foulée et à
travers ses vitraux, j'ai à plaisir observé une "Mauvaise
étoile", qui fait chaud au coeur de la (sa)voir briller. Je me rends
à la messe à la première heure tous les 15 du mois,
tel un pauvre pénitent qui, à chaque fois, se dit qu'il ne
connaît pas même un demi-pet de lapin aux mystères de
la foi.
“A rebrousse-toi” et “Singe éjectable” sont tes 2 romans (sortis aux éditions Le Recif en 2002 et 2003) : qu’as tu donc à dire d’autre que ce que l’on trouve déjà dans les paroles de tes chansons ? Le PSZ rockeur et le PSZ romancier sont-ils 2 personnes ? Hélas non, toujours
le même ! C'est juste une autre écriture et une histoire de
format, les deux demandaient plus que quelques vers... Mais ce ne sont
pas des romans, plutôt une lettre-journal au lance-flammes pour le
premier, et un récit avec d'horribles propos recueillis dans le
second.
J’ai appris que tu étais à London en Août 1982 : c’était pour parfaire ton anglais ? Je n'avais au fond qu'un objectif, même pas aller voir des concerts ou acheter des sapes, rencontrer Eric Débris. Youri Lenquette m'avait donné son phone, j'ai osé. Le long entretien qu'on a eu, trône sur mon site et date de l'époque Sex Sex Sex, le must de ce que j'ai pu faire pour "On est pas des sauvages". C'est l'un de mes héros de toujours, vu avec Métal Urbain un dimanche de 77 en direct (dans l'émision "Blue Jean" je crois), et MySpace best friends aujourd'hui... Le vortex spatio-temporel qu'ils ont ouvert, ne s'est de fait jamais refermé. Facilement visibles désormais, ces images flashantes étaient restées incrustées comme un tatouage mental et sentimental, indélébile... Voir et entendre ça à 16 ans, dans le living-room familial, c'était atomique... Comme un appel de l'au-delà, un cri de naissance : "Panik d'aujourd'hui... paanik !" Ca reste i-n-e-s-t-i-m-a-b-l-e et les mots ne suffiront pas. Y a évidemment Métal U sur la pochette de "De bon matin en robe du soir", qui montre ma chambre d'ado constellée de figures éternelles, dont leur photo, parue dans "Feeling" il me semble. Je regrette de ne pas avoir eu le feeling justement, d'aller leur parler à l'Heretic ou à Barbey, quand ils ont joué, j'y étais. Une pudeur... Ton site s’ouvre avec la phrase “bienvenue sur l'esquif d'un voyageur astral en plein apprentissage...” Peux tu nous faire une rapide visite guidée ? Un ami s'est proposé
de le monter à la fin du siècle, suite à la sortie
du premier CD. J'ai appris à l'actualiser avec les nouvelles chansons
et autres activités, le press-book qui grandissait, etc. Et puis
c'est devenu une cyber-facilité côté bio, photos, de
se référer à ce qu'on trouve sur le Web ; ça
sert un peu dans les deux sens (en espérant que ça ne s'arrête
pas là, mais c'est une autre question...) Un temps, le MySpace d'Alain
Kan utilisait l'un de mes textes, comme image d'identité. On cite
ici et là la chanson-hommage à "Aladin" Pacadis ; pas seulement
parce qu'elle est sortie sur "La Reine Gore", la fréquentation le
montre assez. Ca permet de recoller un peu les morceaux, donner une cohérence.
Bien vivant, c'est toi qui
le dit ! Il me semble en fait que maintes choses vraiment importantes commencent
à peine... Pas seulement parce qu'il y a toujours quelque chose
de l'absolute beginner dans la musique et le reste... Mais y a peut-être
suffisamment de paramètres, mis peu à peu en place pour tendre
vers : ballades & rock'n'roll en groupe avec ma fleur, gratter au plus
près de l'os avec la plume, et autres si affinités : it's
open all night.
De dos sous la casquette : Delly, Heartbeeps
Il me semble que les punks de l’ancienne école ont le vent en poupe ces jours-ci. Penses-tu avoir la reconnaissance à laquelle tu as droit toi aussi ? Du fait d'impondérables
et bien qu'invité, j'ai loupé pas mal de ces moments, notamment
à Paris : concerts de la nouvelle scène, lancements de "Nos
années punk", "Goth (de Baudelaire à Marilyn Manson"), "40
ans de musiques au Gibus", etc. On verra si ça peut se rattraper...
Mais gaffe, si tout ça a définitivement modifié mon
métabolisme, ceux auxquels tu penses ont fait l'Histoire, eux.
Je crains qu'il y ait de nos jours déjà trop de menaces, d'où la difficulté en ce sens du punk spirit... Ca faisait peur, parce que tout le reste ronronnait. Aujourd'hui c'est pas "yes future" (même si la défunte science-fiction est devenue un cyberDiable polymorphe, bien trop réel), mais "donnez-moi un 'tit bout de présent, pleeeeazzze"... et en tremblant encore.
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saison 2006-2007,
avec La Poupée Barbue :
"...charisme
glam, groupe flower punk"
"Surf-music passée au peinge fin, pop, rhythm and blues, cabaret
rock...
-photos Mel-
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![]()
ci-dessous : CD 2005, gigs, chroniques 2006 & interviews
a-LIENS portraits le site de LYS et de PSZ the Story "La Reine Gore" (2002) balance avec Sam, Arnault & Pascal des Wonky Monkees (photo Bruce Milpied)
rencontre avec
"L'Ordonnance""PopNews" "Abus Dangereux"
+ interview"Dig it !" concert
"Sud-Ouest"" Gueule de Bois" "Longueur d'Ondes" "Factotum"
DE BON MATIN EN ROBE DU SOIR... C'est toujours la même chose : on a beau évoluer, grandir (ouh le gros mot), multiplier les expériences, lire des bouquins, voir des centaines de films, écouter toutes sortes de musiques, il y a toujours des morceaux fondateurs, des héros absolus de l'adolescence, qui ont permis de façonner notre manière d'être, de voir la vie sous un prisme différent, des disques qui nous ont convaincus que la marginalité était le prix à payer pour échapper à une société ayant fait de la lobotomie des masses et la no-culture la politique nationale ("to live outside the law, you must be honest", disait Dylan...), et que non, "I'm not Like Everybody Else".
Ces morceaux, on le sait, nous poursuivront dans la tombe... Ces galettes à la pochette éclatée, ces photos jaunies, qu'on finit par délaisser (car elles ont été tellement écoutées qu'elles se trouvent dans les chromosomes, le jukebox mental), mais qui donnent un coup au cœur dès que les premières mesures déboulent de la chaîne hi-fi un jour, par hasard, sans que l'on s'y attende...Après avoir affirmé et affiné son style dandy, thuriféraire de l'esthétique décadente, entre cabaret et décharges d'électricité rock'n'rolliennes, avec des disques aussi indispensables que "Les armées de verre soufflé" ou bien "La Reine Gore", Patrick Scarzello, accompagné une fois encore de sa dulcinée/diva Lys Reygor, fait ressortir les obsessions originelles de son adolescence.
La thématique "Back to the roots" de l'album frappe dès sa pochette, qui reproduit le papier peint de la chambre d'ado de Scarzello entre 1977-79, sur lequel Thunders côtoie les Stooges, où Sid et Nancy dansent un bop avec le premier EP d'Asphalt Jungle (là où tous les coups sont permis !). Dans cet album où l'évocation des héros côtoie les citations directes des styles fondateurs, Scarzello & Lys, accompagnés de la section rythmique des Wonky Monkees et du guitariste lettré OD, renouent avec la bande-son des late 70's, de l'été de la haine, en 9 titres de rock'n'roll punk (mais n'est ce pas la même chose ?).
"Le Dernier des tailleurs de pierres", évocation de la génération perdue des punks, dédié à GrandClaude, qui aurait pu être Rikki Darling, Alain Z Kan, ou Riton, est une élégie à tous ces visages hantant les rues mouillées de Paris, Bordeaux, Lille et ailleurs... Ces armées de la nuit décimées par l'héroïne, l'alcool, les Walter PPK ou l'âge adulte, Scarzello & Lys les évoquent dans ce titre hanté, tout comme l'était, en 1981, "Avenue du Crime " de Taxi Girl ("Avenue du crime / les bottines jaunes revivent / sous les pantalons straight"). Le duo renoue avec le style de textes-slogans, maladroits et touchants, du rebelle de 18 ans ("Carriérisme, je te claquerai... Matérialisme, je te fouetterai..."). "Comme une Overdose de pose", entre Undertones et Heartbreakers, pour un texte au croisement de Jankélévitch, Jean-Jacques Schuhl et Spinoza ("Un je ne sais quoi, je ne sais rien").
Les morceaux ressuscitent les rythmiques des Stooges ("Halte au confort", qui aurait pu être joué par Ron Asheton), de Johnny Kidd & the Pirates, de T. Rex... Mais le morceau le plus important de l'album reste à mes yeux"Sans adresse ni téléphone",une évocation des transes velvetiennes, Thunders période "Can't put Your Arms Around a Memory", pour une référence directe à "Like a Rolling Stone". Nos Bonnie & Clyde bordelais réaffirment ici la connexion Bob Dylan-Lou Reed, tellement évidente mais pourtant jamais évoquée. L'instrumental "Ethéromanie", qui clôt l'album, est un petit bijou d'efficacité. Un seul regret : que l'on n'entende pas assez la voix de Lys dans ces élégies aux mythes disparus.
Au final, bien qu'il lui manque la diversité de "La Reine Gore" (ceci tenant au fait que le nouvel album ne se compose que de neuf titres, contre 23 pour le précédent), cet album indique de leur part, en ces temps de retour en grâce d'une certaine esthétique, une volonté de rappeler les styles, les titres qui les ont sortis de leur torpeur adolescente, mais plus par l'évocation d'influences dans des morceaux originaux que par des reprises pures et dures. Ils font tomber le masque et révèlent les fenêtres qui leur ont fait voir la lumière (beginning to see the light...). Cet album est en quelque sorte leur "Copycats ".
Frédéric Antona, "PopNews"
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balance
avec les Wonky Monkees (photos Bruce Milpied)
Ne connaissant pas personnellement Patrick Scarzello, c'est bien à l'abri du flétrissant soupçon de connivence que j'entreprends ces quelques lignes... Lui et mademoiselle Lys n'ont pas choisi la méthode facile. Funambulant sur la corde raide avec cet humour acide ou décalé dont seuls sont capables les vrais élégants. Ne cherchez rien ici
d'usiné au format classique, la cage est ouverte et nos oiseaux
s'envolent où bon leur semble. Pour mieux porter la lame dans la
plaie, ils ont engagé une poignée de solides ferrailleurs,
venus de la nébuleuse Wonky Monkees, à charge pour eux de
distiller ce poison sonique hérité de certains grands anciens,
évoquant sur son versant français, Asphalt Jungle, les Rythmeurs
ou les Gloires Locales.
Alain
Feydri,"Abus Dangereux"
Un
punk "historique", écrivain et chroniqueur, qui chante avec sa muse.
Ca ne vous rappelle personne ?
Musicalement, on navigue entre pub-rock ("Les affameurs", "Une journée bête"), Marie et les Garçons et leur electure du Velvet Underground ("Comme une overdose de pose", "Le dernier des tailleurs de pierres"), les Stooges (le riff de "1969" recyclé sur "Halte au confort !") et des morceaux qui auraient pu directement atterrir chez les Jakes come le tendu "cacahuètes, Mars & codéine". Ca reste un peu bancal parfois, mais comme on dit par ici, "punk un jour, punk toujurs"... Sur cette base, Patrick Scarzello lâche ses textes très réalistes. La vie, la dope, les illusions perdues et ce putain de monde qui tourne à l'envers. C'est pas complètement mon truc, mais ça mérite en tout cas l'écoute. Gaffe aux interventions de Lys Reygor, d'un lyrisme toujours surprenant. Lo Spider, "Dig it !"
Dés la première écoute "De bon matin..." l'évidence : Les Intouchables sont de retour ! Oui, ceux des années 80. Et puis non,cette rythmique là est irréprochable, ce guitariste n'a jamais été aussi classieux, puissant et inspiré, tant qu'aux voix... Dissemblables et pourtant complémentaires, elles ont ce côté unique et classieux (décidément) d'un rock français que j'avais, faute de combattants, oublié. Je
pourrais énumérer mes titres fétiches, mais cela reviendrai
à réécrire la liste des morceaux (excepté le
premier, pour raisons perso). Une question, quand repartez-vous en studio
? S'il est vrai qu'il vaut mieux susciter le désir que l'ennui,
20 minutes c'est tout de même un peu court, non ?
EJ
Eulone
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Ecouter
Scarzello c'est toujours profiter de compos hors du temps, surtout hors
du temps présent. Rien à foutre des modes, le son est toujours
rock'n'roll dans l'esprit, ici made in Fixed Up, la Tandy family, etc.
Bref ce que j'écoutais souvent sous format vinyle dans les années
80 avant l'alterno.
Pour accompagner le bonhomme, il y a OD des Jakes + 2 Wonky Monkees (dont le dernier album, je le répète, est excellent), tout ça allié aux textes conçus comme des petits poèmes. C'est un bon bol d'air avec des choses simples, des instantanés de la vie du monde d'en bas, pour une vision en forme spontanée, rock quoi ! NQB, "Cafzic"
“De
bon matin en robe du soir...”
Un bien beau titre, un couple a priori improbable, mais pourtant dans une extraordinaire osmose musicale. Cet album marque une évolution par rapport au précédent : plus rock, plus no future. Les textes de Scarzello sont du vitriol, incisifs, il sait manier les mots avec une redoutable précision, tout en leur gardant une extraordinaire poésie, mais une poésie vénéneuse, qui raconte un monde en décomposition, en désespérance. La voix “unique” de Patrick Scarzello traduit bien ce monde et est parfaitement mise en valeur par les “acrobaties” vocales de Lys Reygor. Du travail d’orfèvre ! Marie-Claire,"Gueule De Bois" Difficile
de chroniquer ce second disque (après "La
Reine Gore" en 2002) du couple infernal sans verser immédiatement
dans la déclaration d¹amour. Une vraie, en bonne et dûe
forme.
A
eux deux, duo d¹enfer, les Bonnie & Clyde de la poésie
rock, tueurs (de cafard) nés, capable en 20 minutes (et entourés
pour l¹occasion des Wonky Monkees et d¹OD des Jakes) de réinventer
la chanson électrique et l¹ironie écorchée, la
ballade sonique et la poésie intemporelle de la Beat Generation.
Jonathan
Hénault,"Longueur
d'Ondes"
![]() balance
avec les Wonky Monkees, photos Bruce Milpied
...
le premier morceau « Le dernier des tailleurs de pierres »
est vraiment taré, ultra glauque, lent, avec un petit arpège
lancinant de gratte, volume sonore assez faible,chant parlé/chanté
avec des paroles rock'n'roll/décadentes, j'accroche direct en fait,
ça serait comme une sorte de Scott Kelly version chanson française, franchement c'est sombre et je kiff bien. Dès
le deuxième morceau, on change pas mal d'atmosphère,
En
fait le premier morceau est un peu une exception,
Perso
j'accroche grave et je serais bien curieux de les voir en concert.
HB,
« Sedition», juin 2007
Les
Rita Mitsouko bordelais sont de retour !
D'autant qu'on les
aime, ces 9 titres, avec leur ironie, leur côté "noir" revendiqué.
La rythmique d'Arnault Arpajou et de Pascal Babin (Wonky Monkees), et la
guitare de OD soutiennent sacrément bien ce duo, rendant hommage
au bon vieux binaire, et capable d'exprimer la noirceur des choses avec
une dérision et une énergie jouissives...
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-"EXTRATERRESTRES
?", MAIS... C EST UN COMPLIMENT !
Jonathan HENAULT : Lys, sur quoi étais-tu en train de travailler avant d'arriver ? Lys
: une nouvelle expo, à base de collages de mes dessins, de petits
gribouillis : j'y gagne beaucoup en vivacité, un peu comme une écriture
automatique. Je rajoute ces dessins un à un, ce qui augmente le
sens de l'ensemble, et chaque tableau raconte une histoire.
Ca vous est arrivé d'être très contents de votre travail, et de vous prendre des retours ? Lys
: oui, quand je travaillais sur la femme, ça a dérangé
certaines et certains : celles qui voulaient gommer leur féminité,
et les hommes qui y voyaient trop de féminité.
Lys, si tu devais décrire Patrick en un mot ? Rock'n'roll ! Avant de le connaître, je l'avais vu sur scène se donner à fond, alors que l'époque n'était pas à la sincérité premier degré ; et j'adorais aussi son écriture... C'est un romantique au premier sens du terme ! Patrick, même question... la plus riot girl que j'ai jamais rencontrée. Elle a comme ça, un art très ornemental, mais avec des plantes venimeuses derrière : toujours un double niveau de lecture, ça ressemble tellement à la vie. Quand elle utilise du rose, il faut se méfier du coup de griffe dark qui arrive ! Et cette rencontre, alors ? Lys : on faisait chacun de la musique de son côté, en travaillant avec des musiciens, mais ça devenait lourd à gérer. La peinture, l'écriture, c'est plus simple, tu n'as de compte à rendre à personne... Patrick : on s'est retrouvés à répéter les dernières chansons à deux avec OD, puis à les proposer à la rythmique des Wonky. Chacun garde son indépendance, ils ont leur groupe, nous notre répertoire, mais on peut se rejoindre pour une date. Quand on les a jouées ensemble, les titres de l'album sonnaient exactement comme depuis des lustres dans ma tête ! Ce titre extravagant, "De bon matin en robe du soir..." ça vous va comme un gant... vous vous rendez compte que vous passez pour des extraterrestres ? Lys : il y a vingt ans, oui ! J'ai une dégaine beaucoup plus simple aujourd'hui... . Patrick
: extraterrestre, j'prends plutôt ça comme un compliment
!... Je rêve d'écrire une chanson qui s'appellera "J'avais
peur de déranger", et n'ai jamais aspiré à une vie
"normale"...
Lys : c'est vrai qu'on n'a jamais changé d'idée : rien n'était impossible, rien n'était trop beau. Il fallait tendre vers ça... petite, je savais juste ce que je ne voulais pas. Patrick : on fait quand même partie d'une génération qui ne voulait pas travailler, et on y est plus ou moins arrivés ! Je suis fier de n'avoir jamais été salarié ! Jonathan
Hénault, "Abus Dangereux, déc-janv 2006"
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GEISHAS
DE SOIE & TAILLEUR DE PIERRES NO FUTURE
Plus qu'un duo, ils forment un couple à la vie comme à
Le décor est là, rappelant des geishas de soie que jamais on ne voit. La musique de Mikael de Supermika sur "Il est un pays" enfonce le clou de la japonaiserie. Sous un plafond de ballons de jade, elle et lui jouent à cache-cache. Les voix se cherchent et se répondent. Celle de Lys caresse le velours, celle de Scarzello triture le cuir. La musique balaye large (jazz, rock, ballade électronique...) mais on n'en perd pas une miette, même quand "la Reine Gore" s'essaye au ukulélé. Véritables saynètes, les chansons racontent des histoires
de Sélénites qui habitent où vous savez, d'un "Dernier
des tailleurs de pierres" No Future qui saute du pont de pierre et des
histoires d'amour qui ne fissent pas toujours mal. Elles reviennent
en rappel avec "Chéri, darling, mon amour", et "La dame et l'éléphant".
Scarzello & Lys s'en sont allés "Main dans la main" en fredonnant
Elli & Jacno (c'est leur seule reprise actuellement) laissant sur leur
passage comme un parfum d'ambiance.
Jacky Sanudo, "Sud-Ouest" (printemps 2005)
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PHANTOM OF THE PARADISE...
Un moment bien agréable, tantôt acidulé, tantôt langoureux, avec la pointe de saccades rock'n'rolliennes à laquelle je m'attendais...Un jour de 96, une étudiante a écrit sur Patrick Scarzello : "... aujourd'hui, j'ai rencontré le rock'n roll... !!! " Mais ces deux là ont la malice du chat...! Spectacle cabaret touchant, copieux mais jamais de trop et toujours poétique. Le mélange s'y fait entre le mauve et le noir. Ici point de ketchup (ou alors fait maison), mais le pourpre tirant sur le rose des cabarets espagnols. En 82, j'étais à New York. J'y ai le souvenir ouaté d'un petit spectacle au fond d'une cave aménagée avec deux personnages assis au bord d'une scène de fortune... Comme au bord d'une rivière d'absinthe, chantant des vers de Verlaine... Phantom of Paradise... " mail & photo : Denis Fouquet auteur de "Bordeaux rock(s)"
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FROM "CABARET MUTANT"... TO "GOTHIQUE FLAMBOYANT" !?
"De
bon matin en robe du soir...", c'est le titre du très attendu
deuxième album de Patrick Scarzello et Lys Reygor. Toujours surprenants,
ils ont délaissé un temps le cabaret gothique du précédent,
"La
Reine Gore", pour une musique plus proche des racines punk-rock'n'roll.
Ce disque rappelle que Patrick, avant de chanter en solo "Les armées de verre soufflé" en 1998, avait été aussi l'agitateur du groupe "sonique et écorché" Des Claques. Réalisée avant la sortie de ce nouvel album, l'interview qui suit n'en tient pas compte, mais nous éclaire sur la magie du meilleur couple rock français depuis les Rita et Elli & Jacno... Julien
Z,"L'Ordonnance 7" (nov-déc 05)
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| Julien
Z : dans une chanson, Lys dit "je me suis réveillée mordue
par le rock", vous considérez-vous comme des rockers ?
Lys
: moi non, pas spécialement, la culture rock je l'ai acquise vraiment
sur le tard, on me taxe volontiers de rockeuse, ça m'amuse plutôt,
me flatte même... je ne me suis jamais trop posée la question.
Quand j'ai écrit cette chanson, une comète était passée
très près de la Terre, on en a beaucoup parlé parce
qu'on pouvait l'observer à l'oeil nu, et j'avais adoré ce
nom, "Elbop", ça swingue, c'est vachement joli, dont il y a un jeu
de mots entre tout ça.
Peut-on comparer "La Reine Gore" à "Patrick Eudeline & Myriam" (1995), avec une sorte d'humour en plus ? Patrick
: Lys et Myriam ont de très jolies voix, dans des registres assez
différents, ça a donné un cachet aux morceaux... d'ailleurs
j'adore aussi les titres avec Myriam sur le disque de Patrick. Lys a amené
ses couleurs, une touche, qui m'ont décidé à mettre
sur le disque des chansons que je n'avais pas osé sortir avant...
Patrick
: sacrément bonnes ! Oui, et puis y'a des trucs de fond, le disque
de Patrick c'est le sien, il a écrit, composé, fait des choix,
tout ça. Alors que moi, j'ai toujours cherché des instrumentistes-compositeurs
pour me soutenir.
photo Denis Fouquet
L'appellation de "cabaret gothique" vous convient-elle ? Patrick
: je trouve ça flatteur, motivant, et plein de sens et de valeur.
"Cabaret" renvoie à plein de trucs que d'évidence on aime,
qu'on aimera toujours, et "gothique", c'est les derniers qui me font vraiment
plaisir quand je les vois dans la rue, des gamins qui me font penser à
tout ce que j'ai toujours aimé... y'avait déjà des
cyberpunks aux cheveux bleus et compagnie, dans les BD fin 70's débuts
80's de Bilal, aujourd'hui c'est la réalité, une espèce
de romantisme qui perdure comme ça, qui conserve la flamme de tout
ce que j'aime... il n'y a pas grand chose dans la culture et l'univers
gothique qui me déplaise finalement (même si ça n'est
pas la musique que j'écoute...)
Julien Z : Tu dis que ce sont les derniers qu'on voit... Lys
: jusqu'à ces dernières années, en fait, Patrick...
Pouvez-vous raconter un spectacle ? Lys
: ouahh (rires) ! On pense souvent que tout est rodé à la
seconde, qu'on a une mise en scène, que tout est écrit. C'est
faux. Chaque prestation est différente, et tout est improvisé,
sauf bien sûr les chansons et la musique, quand je joue d'instruments.
Il y a une grande peinture que j'amène, ou un décor que je
vais fabriquer exprès. Les costumes n'en sont pas, ce sont des fringues
qu'on est amenés à porter dans la vie courante, ça
va être un poil au dessus, des robes un peu plus glamour, plus sirène,
plus XIXème, enfin un petit plus que dans la vie, mais ça
ressemble. Patrick est un peu comme d'hab aussi, sauf qu'il va peut-être
finir en costume rouge.
Lys
: un peu, mais c'est très dur, parce qu'on nous trouve complètement
inclassables. Par exemple, il y a un tourneur de metal, qui est sûr
que si l'on était découverts... Il nous dit "je voudrais
faire des choses pour vous, mais je n'ai pas les connections". On
a un ami spécialisé electro, pareil : il adorait, nous a
fait jouer, mais "pas de connections". Et nous n'aimons pas nous mettre
d'étiquette, ça ne correspond pas à ce qu'on appelle
"la nouvelle chanson française"...
Patrick, est-ce que ta musique a changé depuis que tu as rencontré Lys, aurais-tu continué sinon ? Patrick
: c'est le genre de question que je commençais à me poser
avant la rencontre, parce que tout seul avec des bandes, c'était
un peu raide, dans tous les sens du terme d'ailleurs (sourire), donc je
commençais à me demander ce que j'allais faire après
ça. Et le fait de rencontrer Lys, quinze jours après on chantait
ensemble, on télescopait nos répertoires, on s'y est mis
avant d'y penser, en fait. Ca m'a par exemple permis de faire entendre
et d'enregistrer une bonne fois des chansons, qu'autrement je n'aurais
peut-être jamais publiées, parce que je savais qu'elles étaient
très connotées dans le son et les compos, ou un peu sous
influence, et je ne trouvais pas forcément que ma façon de
les chanter suffisait. Lys les a enrichit de sa voix et de ses envies,
et de me dire qu'elle y tenait aussi, m'a fait penser qu'il devait bien
y avoir des raisons...
C'est pour ça qu'il y a autant de morceaux sur l'album ? Lys : oui, c'est la croisée de nos univers, de ce qu'on avait fait séparément, et puis ensemble.
Sur scène, vous avez un groupe derrière ? Patrick
(réponse actualisée) : j'ai eu diverses formations au fil
du temps... Mais avec Lys, à part quelques guitaristes ponctuellement,
on s'accompagnait juste de l'Orchestre Vide. Depuis la rencontre aux débuts
des années OO avec OD et le lancement de "De bon matin..." avec
les Wonky Monkees, ça s'imposait : on a fait quelques répés
courant 2006 avec le chanteur-guitariste des
Sheer
Aches. Puis La Poupée Barbue a frayé à partir
de l'automne 2006 jusqu'au printemps 2007, de l'Inca au festival Staccato
de Miramont, en passant par Luxey qui nous a programmés, etc. Depuis
la rentrée 2007, on se produit sous le nom de Scarzello & Lys
Slow Motion Orchestra (avec à la batterie Stéphane Skull
Duggery, à la basse Olivier Heartbeeps/Sentimentals..., et à
la guitare Jon Smith).
Il y a une chanson qui s'appelle "Le chaînon manqué", au milieu du contexte cabaret-goth, avec une baterrie super speed à la death-metal, qu'est-ce qui vous a pris ?... Lys
: (gros rire)
OD
avec les Melmoths
Patrick
: Bien sûr, ça a commencé comme ça à
la fin 70's, un 14 juillet dans mon bled, où le groupe de lycée
qui daignait essayer de faire de la musique, m'avait fait monter sur scène
au rappel, pour saccager un morceau des Stooges ou des Pistols, ça
s'imposait... Mais après, ça a pris du temps pour que ça
devienne une obsession, comme ce fut quotidiennement le cas durant
toutes les 90's. Y'a eu la reprise de "Planté comme un privé"
en 84 avec les Scurs, un grand déclic, et à partir de là,
j'ai commencé à penser à ce que je pouvais faire pour
monter un répertoire, avoir une formation, etc ; les ébauches
en ce sens se ont succédées sans cesse.
En
fait, j'ai toujours oscillé entre des trucs genre ballades, plus
spleen, intimistes, apparemment minimalistes, avec des trucs qui sont toujours
raffut, destroy et tout ce qui va avec. Ca continue à me passionner,
c'est pour ça que sur le nouvel album, il y a une ballade sombre
pour débuter, et 5/6 morceaux R'n'R, basse-batterie-guitares, un
peu l'axe Mick Green/Stooges-Ramones/frères Tandy, mais avec une
ballade au milieu (c'est cette direction qu'on compte creuser par la suite
avec OD, obsessions velvetiennes obligent). Et il n'y a pas tant virage
que ça, j'y vois le genre de chansons que j'ai toujours aimées,
portées, mais que je n'avais pu aboutir auparavant.
Lys
: je l'ai vu live en solo, il tombait au sol, transpirait, été
hanté par ses chansons, je trouvais ça merveilleux, parce
que je ne conçois ça qu'ainsi, c'est à dire vivre
ce que tu chantes, y croire, c'est pas tellement être théâtral,
c'est le faire à fond, rire quand c'est drôle, pleurer quand
c'est triste, même devant un petit comité, j'avais trouvé
ça génial.
Patrick
: pour te répondre par rapport à l'humour, j'y reviens, c'est
vrai que j'ai toujours eu le plus grand mal avec le second degré
en général, et l'humour dans la musique, c'est un truc que
j'abomine absolument, même les bons, comme Boby Lapointe, que j'ai
écouté, que j'aime bien... En revanche, c'est vrai que Lys
m'a permis des trucs, par exemple je miaule après elle sur scène,
après tout Iggy faisait le chien, je fais le chat... (rires)
Lys
: l'humour ne me faisait pas peur, la seule chose que je n'aime pas, pour
te rejoindre, c'est un humour décalé, des gens qui se regardent
faire les imbéciles, et qui ne croient pas une seule seconde à
ce qu'ils racontent. Tu as des groupes issus de milieux favorisés,
qui racontent des histoires de boucher, de populo, en riant gras, et ils
ne savent même pas ce que c'est, ne connaissent pas, donc pour moi
c'est pas drôle. Au début, j'ai mis de l'humour dans mes chansons
par pudeur, parce qu'il y avait des choses graves que je n'arrivais pas
à dire autrement qu'en riant. Maintenant, tu verras dans les nouveaux
morceaux, j'arrive à dire des choses beaucoup plus intimes de façon
simple, mais ça aussi tu l'apprends en grandissant. Patrick a osé
parce qu'il s'est dit qu'il n'était pas ridicule, et moi j'ai osé
aller vers le premier degré, c'est donc ça qu'on s'est apporté
tous les deux, et c'est formidable de se faire ainsi évoluer, l'un
l'autre.
Côté tournées et enregistrements, quel est l'intérêt de la province ? Patrick
: ça a l'avantage de ses défauts.
C'est comme ça depuis toujours à Bordeaux ? Patrick
: oui. Noir Désir en a bénéficié, en fait.
Ca a commencé au début des 70's, avec des gens qui, sans
chauvinisme puisque je ne suis pas bordelais d'origine, mais je le sais,
ont fait des festivals rock. En plus, ce sont les mêmes qui après
jouaient à Mont-de-Marsan, qui aujourd'hui encore se reforment,
font des compiles, etc. Donc il y a une base super vivace. Et ça
perdure, regarde n'importe quelle compil genre "Nouveau rock'n'roll français",
tu as les Magnetix,
The
Film, qui sont vraiment bons, chacun dans leur genre. Pareil, y'a une
double compil lyonnaise en hommage au Gun Club, tu trouves plusieurs formations
bordelaises dont les
Jakes d'OD.
Peut-être un peu plus depuis 4/5 ans ? Patrick
: non, j'ai l'impression que ça c'est renouvelé tout le temps.
Justement, qu'avez-vous pensé des Naast hier ? Patrick
: entre le voyage et les gens à voir, j'étais fatigué,
ne suis pas allé devant, mais je les ai trouvés sympathiques
et rafraîchissants.
Patrick, qu'est-ce qui compte le plus pour toi, l'écriture ou la musique ? J'ai
une image pour ça : les deux permettent de marcher plus droit, une
jambe pour l'une, la seconde pour l'autre.
Te rappelles-tu les premiers concerts que tu as vu ? Patrick
: ah oui, très bien, avant même Dentists (futurs Play Boys,
dont on parle sur le fort intéressant http://sdz.free.fr),
le premier c'était Abject à Nice, un groupe de punk rock
qui incarnait à mes yeux tout ce qu'était aussi 77, à
tel point que c'était rockab' et sonnait heavy à la Stooges,
rockab' parce qu'avec des racines fiftos, dans mon souvenir, le chanteur
d'Abject ressemblait plus à un Elvis punk qu'à un Rotten
ou à un Strummer. Et les premiers disques importants c'était
Asphalt et les Pistols...
Peut-on regretter les 70's/80's par rapport à maintenant ? Lys
: maintenant, non, mais tu nous aurais posé cette question dans
les années 90...
Lys : hier, ça allait de 14 à 50 ans (The Naast/Patrick Eudeline au Tryptique), c'est fabuleux de voir ça ! Patrick : je regrette moins cette espèce de vulgarisation terrible qu'il y a eu à un moment donné, où soi-disant tout le monde connaissait tout, juste en lisant le dernier "Inrocks", où tout le monde était rock, alors que je trouve ce qui se passe maintenant plus réel. Lys : c'est plus frais, plus sincère. Au début, "le retour du rock" ressemblait à une mode, une question d'apparence, pareil pour les commémorations du punk, on était furieux de voir des tee-shirts vendus déjà déchirés avec des épingles à nourrice fichées dessus... Patrick
: comme tu vois, je suis aussi noir que toi, mais je me souviens de ces
années où je cherchais du vert bouteille, n'importe quelle
couleur pour ne pas ressembler à tous ces mecs qui s'habillaient
en noir, et je me disais "ils nous ont même pris ça !", j'avais
l'impression que tout était perdu. On a oublié que c'était
génial d'effrayer monsieur-madame, parce que tu te reconnaissais
avec tes frères de l'ombre, et tu ne te trompais pas. Alors qu'il
y a eu tout ce temps, où je me plantais en branchant certains qui
avaient de bons looks, j'étais catastrophé : ils n'avaient
que ça ! C'est des moments super-tristes où tu ne crois plus
en rien, même si c'est épidermique, superficiel, c'est aussi
très révélateur...
Par rapport à ta chanson, qui sont vraiment "Les Virtuels" ? Patrick
: tous ceux sur lesquels il faut taper sans hésiter, parce qu'ils
sont creux justement, mais toujours là pour te faire la leçon,
quoi que tu aies envie de faire, ou de simplement tenter.
Patrick
: j'ai toujours tout eu contre le boulot, je ne me lève pas le matin
pour ça...
Patrick Eudeline vous a-t-il influencé ? Patrick
: beaucoup, et je crains que ce soit pour la vie (sourire). L'un des premiers
contacts avec la fibre eudelinienne -comme Lys je ne baignais dans rien
du tout, j'ai fait mes armes et ma culture seul-, je m'en souviens très
bien, c'est quand j'ai acheté "L'Aventure Punk" en plein 77, et
je revois encore la librairie de la rue piétonne de Nice où
ça s'est joué. Et dans le foulée, je me souviens avoir
commandé chez le disquaire le EP d'Asphalt. De façon concomitante,
en quelques mois, je me suis tout pris ; j'avais déjà dû
voir fin 76, une bonne émission de télé tard le soir,
où il y avait les Ramones, Patti Smith et les autres, tous ces gens
en noir avec des Perf' et déjà ça me parlait, c'était
le début de quelque chose de merveilleux, enfin !
Et
Patrick est apparu, c'était incroyable de le lire, extraordinaire
de l'écouter. J'ai toujours adoré comme il chante, ce qu'il
raconte, des images à tomber à la renverse. Et même
si, évidemment, à l'époque je n'avais pas la culture
pour me rendre compte ce qu'il y mettait, de tout ce que cela signifiait
par rapport au rock'n'roll, au rhythm and blues et tout, peu importait
: "Déconnection ! C'est la grande déconnection !" Quel divin
appel, aujourd'hui encore... C'est bien simple, longtemps j'ai pas mal
picolé et tout, et chaque fois que j'étais décalqué,
je chantais en boucle "Love Lane", ou "Asphalt Jungle bébé
!". Parmi ces chansons que tout le monde, mort-bourré m'a entendu
chanter partout pendant des décennies, y avait entre autres toujours
celles d'Eudeline.
Quelque chose à rajouter ? Lys : tu m'as demandé si je préférais la peinture ou la musique. J'avais envie de toucher les gens, de les faire entrer dans mon univers, de faire ce que je n'ose pas dans la vie, et la musique m'a permis ça, d'aller vers les gens, c'est un art complètement populaire, alros que la peinture reste élitiste. J'avais envie que ma peinture soit démocratique et populaire, c'était terrible, ça ne l'était pas, c'est vraiment réservé à une certaine classe, qui a un peu de culture et d'argent. Alors que tout le monde peut écouter de la musique, c'est plus ouvert, ca touche plus de gens, et j'avais certainement des trucs à dire, parce que je raconte la même chose dans ma peinture que dans la musique, c'est évident. D'ailleurs, des gens qui ne comprenaient pas ma peinture, au premier concert, m'ont dit "ca y est, j'ai tout compris à ta peinture, c'est génial, j'adore", en écoutant les paroles des chanons. Donc je raconte exactement la même chose, et là c'est reçu. Julien
Z,"L'Ordonnance", nov-déc 2005
D'autres
rencontres-fleuve de 10 à 20 pages comme celle-ci, avec notamment,
dans le 1 : Patrick Eudeline, le 2 : Stupeflip, le 3 : Marie France, le
4 : Métal Urbain et Ann Scott, le 5 : Daniel Darc et PE, le 6 :
Virginie Despentes et Marc Dufaud, etc
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lys reygor : oui !, ce pourrait être un autoportrait, dixit Patrick... |
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(activités 2001-2005) |
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